Peintures et Dessins

Bonaparte franchissant les Alpes

Charles-Auguste-Guillaume-Henri-François-Louis dit Carl von Steuben (1788-1856)

Ce tableau rentoilé, signé et daté « 1843 » en bas à droite, est l’œuvre de l’un des peintres les plus célèbres de la légende impériale, Charles-Auguste-Guillaume-Henri-François-Louis dit Carl von Steuben (1788-1856).

Cette huile sur toile sur cadre doré, intitulée Bonaparte franchissant les Alpes, aux belles dimensions de 0,60 x 0,74 m, allie sur une même thématique deux événements distincts de la geste napoléonienne. Le premier est une représentation du passage des Alpes de mai 1800, essentiellement connu par les grandes compositions de Jacques-Louis David (1801), Charles Thévenin (1806) puis Paul Delaroche (1848). Ce franchissement du Grand Saint-Bernard est ici composé par Steuben en une synthèse idéale de trois interprétations distinctes. À l’arrière-plan et sur la partie droite se devine ainsi un paysage alpestre marquant la difficulté rencontrée par les deux personnages principaux. À droite, c’est évidemment le Premier consul, coiffé de son bicorne caractéristique en bataille (et non en colonne), avec ganse et cocarde. Il chevauche un animal à la tête noble et à la robe immaculée, comme l’avaient exigé les peintres de la gloire, et non une mule comme le montreront les graveurs de la légende. Pourtant, comme chez ces derniers, et en une sorte de concession à la vérité historique, le manteau n’est plus rouge mais bleu et le guide Pierre-Nicolas Dorsaz marche au côté du général, qui paraît lui indiquer le chemin, son bras gauche levé et vêtu de son habit traditionnel. L’homme, âgé de vingt-sept ans, est originaire du village de Bourg-Saint-Pierr, commune du Valais en Suisse.

Le second épisode, et non des moindres, est le fameux retour de mars 1815. Par le paysage lui-même qui évoque aussi l’actuelle route Napoléon, mais aussi par la position plus calme du cavalier (dont le visage fait davantage songer à la fin de l’épopée) et surtout la présence de l’Aigle volant au second plan au-dessus de la vallée, la toile constitue aussi une annonce de l’épisode final de l’Empire, à l’instar d’une allégorie de l’incroyable retour politique.

Il est vrai que l’artiste, souvent cité pour ses deux tableaux majeurs représentant le défilé de Laffrey au retour de l’île d’Elbe et la mort de Napoléon en 1821, a lui-même des arguments à faire valoir. Fils d’officier de l’armée russe, il a connu une grande renommée dès la fin de ses études auprès de trois artistes majeurs des débuts du siècle, Prud’hon, Gérard et Lefèvre.

À peine âgé de vingt-quatre ans, les premières œuvres de Steuben ont été présentées dès le salon de 1812 et lui valent la reconnaissance de ses pairs. Avant de revenir à Saint-Pétersbourg, il se verra ensuite confier de nombreuses commandes, et ses toiles seront notamment exposées dans les décennies suivantes puis conservées les plus grands musées, en particulier au château de Versailles.

Après la création de la galerie des Batailles et du musée d’histoire de France au château de Versailles par Louis-Philippe, après l’achèvement de l’arc de Triomphe de l’Étoile et surtout quelques mois après le retour des Cendres de l’Empereur aux Invalides de 1840, les artistes se sont emparés des différents événements glorieux ou les plus fameux de la vie de Napoléon. Cette toile est une œuvre singulière et s’inscrit dans le contexte particulier de la revalorisation de la légende napoléonienne sous la Monarchie de Juillet.

Bibliographie

Emmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers sous la direction de…, Paris, Ernest Gründ, 1924, t. III, p. 834.

Dimitri Casali et David Chanteranne, Napoléon par les peintres, Paris, Le Seuil, 2009.

Jean Tulard (avec Alfred Fierro et Jewan-Marc Léri), L’Histoire de Napoléon par la peinture, Paris, Belfond, 1991.

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